Le Prieuré de l’Enfourchure, un patrimoine vivant malgré les ruines
Le Prieuré de l’Enfourchure à Dixmont est un lieu appartenant au Patrimoine Historique de France, et bien qu’il soit “en ruine”, il vit encore. Bernard Toullier, président de l’association “Les Amis du Patrimoine du Pays d’Othe” fait tout pour le maintenir en vie. Le Prieuré de l’Enfourchure est un bâtiment construit en 1209 par les moines de l’Ordre de Grandmont, un ordre originaire du Limousin créé en 1076, et par le Comte Guillaume 1er de Joigny. Depuis sa construction, le lieu a énormément changé, notamment par une importante quantité d’événements à cause d’une histoire mouvementée, souvent en rapport avec la guerre. Le prieuré était l’un des rares établissements de l’ordre de Grandmont à s’implanter aussi loin au nord, ce qui en faisait un point singulier de présence monastique dans la région. De ce fait, il était un lieu fréquenté, et important pour l’époque.
Un lieu stratégique et souvent convoité
Le Prieuré se trouvait autrefois à la frontière de l’Île-de-France, de la Bourgogne et de la Champagne, mais bien qu’il soit proche de la place fortifiée de Dixmont, il était en réalité sur le territoire du Comte Guillaume 1er de Joigny. Lors de ces invasions de la France par des forces “étrangères”, le Prieuré a été détruit à de multiples reprises à cause des instabilités politiques de la région, mais aussi par les rivalités territoriales. Les attaques de la Bourgogne en font partie. Son emplacement stratégique en faisait une cible de choix pour beaucoup de forces, il était malheureusement souvent pris entre deux feux. C’est ce qui a poussé les moines à fuir celui-ci en se réfugiant dans les résidences qu’ils possédaient à Joigny. Bien que le Prieuré ait été construit par l’Ordre de Grandmont, les terres restaient celles du Comte Guillaume 1er de Joigny, qui à l’époque, avait une influence particulièrement notable.
Reconstructions et destructions : une histoire tourmentée
Après avoir subi la guerre de Cent Ans, le Prieuré de l’Enfourchure est reconstruit à la fin du XVe siècle, par le Prieur de Notre-Dame, Gabriel Gouffier, en lui donnant au passage un style très différent du style Grandmont, en lui offrant une architecture gothique flamboyante. Malheureusement, cette nouvelle architecture est détruite lors des guerres de Religion, en 1589, par les troupes huguenotes du capitaine François des Essarts. Mais cela n’arrête pas les moines de Dixmont et du Prieuré qui reconstruisirent tant bien que mal le Prieuré, et ce jusqu’à la Révolution française. L’ordre de Grandmont fut dissous, et en 1792, comme beaucoup d’établissements religieux à cette époque, le site fut saisi, désaffecté et mis en vente par l’État dans le cadre de la nationalisation des biens du clergé. Il fut acquis par la commune de Dixmont sous le mandat du maire Jean Simonet, mais sans projet de conservation à long terme. Le lieu est transformé en carrière de pierre, le Prieuré est dynamité à plusieurs reprises pour en récupérer les matériaux. Bien que le monument en souffre grandement, cette transformation est difficilement imputable au maire et dû à cette excavation, il manque tout une partie du Prieuré. En raison de la dégradation continue et des années d’abandon, la structure devient une ruine… Jusqu’en 1900.
Une renaissance inattendue grâce à l’agriculture
Un agriculteur local racheta le Prieuré pour en faire une dépendance de ferme afin d’y entreposer son blé et divers animaux. Au passage, il reconstruit partiellement la bâtisse avec des éléments plus modernes, ce qui stylise le bâtiment à sa façon. En faisant cela, il mêle l’architecture rurale du début du XXe siècle, et celle de l’ère médiévale. Par extension, cet agriculteur sauve le Prieuré de la dégradation continue par l’abandon, ainsi, en rénovant ce lieu à sa manière, il permet à cette bâtisse de continuer à exister, jusque dans les années 80 où il vit un nouvel épisode. Le lieu est mis en vente. L’association “Les amis du vieux Villeneuve” et la Société Archéologique de Sens voient cette histoire du mauvais œil. Il est hors de question de laisser le Prieuré vivre à nouveau des décennies d’abandon.
Le combat associatif pour préserver le Prieuré
Ainsi, ils demandent au maire de Dixmont d’agir, ce que fait la commune en rachetant le Prieuré afin d’en faire, à l’origine, un lieu de festivité. Le temps passe. Dans les années 90, une nouvelle association se monte en Pays d’Othe pour tenter de faire un “pays” comme il en existe à Tonnerre ou en Puisaye. Ainsi, le CDPO naît, avec pour projet de faire du Prieuré de l’Enfourchure, la “Maison du Pays d’Othe”. Hélas, le projet s’effondre avant d’avoir lieu.
Une nouvelle vie grâce aux Amis du Patrimoine du Pays d’Othe
Mais toute l’équipe du CDPO ne baisse pas les bras, et se projette à nouveau afin de demander au maire de Dixmont la cession du Prieuré, ce qui cause le rachat de celui-ci en 1993. De cette aventure naît “Les Amis du Patrimoine du Pays d’Othe”.
Un lieu vivant pour la communauté locale
Le lieu demandant beaucoup d’entretien, les Amis du Patrimoine du Pays d’Othe accordent une grande partie de leur temps au Prieuré. En hiver, les bénévoles de l’association travaillent sur l’entretien du lieu. Le reste du temps, des événements y sont organisés. Les lieux sont prêtés à tous les adhérents à l’association, ce qui demande donc une adhésion et un éventuel don. C’est la façon pour le Prieuré de vivre de nos jours. Si autrefois, moines et curés monopolisaient les lieux, c’est aujourd’hui pour des activités tout à fait différentes qu’il est utilisé. Des concerts, des randonnées, des chasses aux œufs, du théâtre, une pléthore d’événements ont lieu au Prieuré, ce qui s’inscrit à la fois dans la modernité de nos temps, mais aussi en respectant le passé, car les activités respectent le lieu et sont encadrées par l’autorisation de la préfecture.
“La Dernière Arche”, mémoire visuelle du Prieuré
Tout un historique existe pour le Prieuré, trouvable dans l’ouvrage “La Dernière Arche” de Jean-Luc Dauphin, où l’on peut trouver les plus vieilles photos de l’édifice, datant de 1910. Des dessins de Victor Petit y sont aussi observables, où il illustre une vision fantaisiste du lieu, malheureusement éloignée de ce qu’il était réellement.
En résumé
Le Prieuré de Dixmont n’a jamais vraiment suivi le cours de la ville. Mis de côté, oublié, il a “vécu” en marge, comme suspendu hors du temps, loin des évolutions sociales et urbaines qui ont façonné le reste du territoire. Quand un agriculteur le rachète dans les années 1900, c’est pratiquement un miracle. Après avoir servi de carrière de pierres, tout portait à croire qu’il finirait oublié au vu de son état. Et pourtant, il put survivre. Aujourd’hui encore, bien qu’il soit inscrit aux monuments historiques depuis 1926 sous la mention de “restes”, ce qui signifie quil est en ruine, le lieu est loin d’être mort. Grâce à l’association “Les Amis du Patrimoine du Pays d’Othe”, il est soigné, entretenu et utilisé de manière reconnue.
Plus d’informations sur le site de l’association “Les amis du patrimoine du Pays d’Othe” https://lenfourchure.fr/


























